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LABBÉ TP : quand la transmission d’une entreprise saine devient un projet collectif

10 09 2026

À Confolens, la transmission d’entreprise n’a pas été vécue comme une urgence ni une solution de dernier recours. Chez LABBE TP, elle s’est construite sur le temps long, avec une ambition claire : permettre aux salariés de devenir les acteurs et les propriétaires de leur outil de travail. Une démarche qui a abouti en 2021 à la transformation de l’entreprise en Scop, après dix années de préparation.

Une entreprise ancrée dans le confolentais depuis près d’un demi-siècle

L’histoire de LABBE TP commence en 1979 quand deux frères décident de créer une entreprise spécialisée dans les travaux agricoles et de canalisation, puis de terrassement. L’activité se développe progressivement, notamment grâce à l’acquisition d’une carrière. Au début des années 2000, l’entreprise compte six salariés. 

Un tournant intervient en 2007 lorsque l’entreprise est scindée en deux. L’activité de travaux publics est reprise par le conducteur de travaux de l’entreprise historique tandis que la carrière est cédée à une société indépendante. Sous cette nouvelle direction, LABBE TP poursuit son développement en renforçant ses activités de voirie, d’aménagements extérieurs et de terrassement. L’effectif atteint alors une dizaine de salariés. 

En 2011, une nouvelle étape est franchie avec la reprise de l’entreprise par une holding portée par la Société de Travaux Publics et Ruraux (STPR), elle-même organisée en Scop. Derrière cette opération se dessine déjà un projet de transmission de LABBE TP à ses salariés. 

Une transmission pensée et anticipée

L’image des Scop est encore trop souvent associée aux reprises d’entreprises en difficulté par leurs salariés. LABBE TP offre un parfait contre-exemple. Ici, la société coopérative n’est pas née d’une urgence économique mais de la transmission réfléchie et anticipée d’une entreprise saine, rentable et en développement, avec l’ambition de pérenniser son activité et son ancrage territorial.

Le rachat par la holding porte en germe le projet final : la reprise en Scop par les salariés de LABBE TP. La constitution de cette holding est une étape intermédiaire. Et pendant dix ans, les dirigeants mettent en place des pratiques inspirées du fonctionnement coopératif en associant les salariés aux réflexions sur l’avenir de l’entreprise. 

Cette période de transition permet d’expliquer le modèle, de répondre aux interrogations et surtout de démontrer par la pratique le fonctionnement d’une Scop. Les salariés découvrent ainsi une organisation fondée sur la transparence, le dialogue et la participation aux résultats. 

Entre 2019 et 2021, le projet s’accélère. Lorsque la transformation officielle en Scop intervient en 2021, l’adhésion est totale : 100 % des salariés de LABBE TP choisissent de rejoindre l’aventure coopérative. 

D’ailleurs, Mathieu Dubournet, actuel PDG de l’entreprise qui a vécu cette période, le résume ainsi : « La transition s’est faite très naturellement. Les salariés avaient vécu pendant plusieurs années les principes de fonctionnement coopératif ».

Quand les salariés deviennent propriétaires de leur entreprise 

Le passage en Scop ne modifie pas seulement la gouvernance. Il transforme aussi la relation des salariés à leur entreprise. 

Dans une société coopérative, les salariés sont majoritaires au capital et disposent d’un pouvoir de décision selon le principe « une personne = une voix ». Ils bénéficient également directement des résultats économiques de l’entreprise.

Cette implication se traduit notamment lors de l’assemblée générale annuelle, un rendez-vous central dans la vie de LABBE TP. Activité, résultats financiers, investissements, projets de développement : tout y est présenté en toute transparence. Les salariés-associés peuvent débattre et voter les orientations de l’entreprise. 

Cette participation nourrit un véritable esprit collectif. Les idées émergent du terrain, les décisions sont mieux comprises, mieux acceptées et chacun se sent davantage engagé dans la réussite commune. 

Organisée en société anonyme (SA), l’entreprise s’appuie sur un Conseil d’administration composé de salariés-associés élus. Cette instance accompagne le PDG dans les grandes orientations stratégiques et les décisions d’investissement. Ce mode de gouvernance permet de conjuguer efficacité de gestion et participation des salariés aux choix qui engagent l’avenir de l’entreprise.

Une croissance soutenue 

La réussite du projet coopératif se mesure aussi également à travers le développement de l’entreprise. 

En 2011, LABBE TP compte une quinzaine de salariés. Quinze ans plus tard, l’effectif a plus que doublé. Ils sont aujourd’hui 34 salariés dont 32 salariés-associés auxquels viennent s’ajouter six apprentis. Les deux salariés arrivés dernièrement rejoindront prochainement le sociétariat de l’entreprise. 

Fait notable : cette croissance s’est accompagnée d’une remarquable stabilité des équipes. « Il n’y a eu aucune démission ces cinq dernières années » souligne Mathieu Dubournet. 

Pour le dirigeant, le modèle coopératif contribue à cette fidélisation. En associant les salariés aux décisions, à la réussite et aux résultats de l’entreprise, on favorise l’engagement sur le temps long et on sécurise les emplois.

La transformation en Scop a également modifié la manière dont la valeur créée est répartie. En associant directement les salariés aux résultats de l’entreprise, la Scop a renforcé leur engagement tout en soutenant la performance économique. En cinq ans, la valeur de LABBE TP a plus que doublé. Dans le même temps, près de la moitié des résultats a été redistribuée aux salariés sous forme de participation. Cette évolution témoigne de la capacité du modèle coopératif à conjuguer développement de l’entreprise et partage de la richesse créée. 

Pour autant, ce développement n’a pas entamé une culture d’entreprise à taille humaine : « Nous avons grandi, mais nous avons su conserver un esprit familial » confirme Mathieu Dubournet. 

Diversification et innovation au service du territoire

Aujourd’hui, LABBE TP agit sur un large éventail de métiers : aménagement de voiries, réseaux pluviaux et d’eaux usées, génie civil, terrassement, assainissement, démolition ou encore aménagements pour les particuliers mais aussi les entreprises. 

Cette diversification constitut l’un des atouts majeurs de l’entreprise, portée par des équipes polyvalentes capables d’intervenir sur des chantiers très variés.  L’activité se répartit d’ailleurs de manière équilibrée entre les marchés publics (30 %), les particuliers (30 %), et les entreprises (30 %).

Au fil des années, LABBE TP a également investi pour renforcer son ancrage territorial. Après l’acquisition d’un premier dépôt à Saint-Junien dans le département de la Haute-Vienne en 2017, elle a fait l’acquisition d’un second site à Bellac en 2025. Ces implantations permettent de rapprocher les équipes des chantiers, de réduire les déplacements et de limiter l’empreinte environnementale de l’activité. 

La Scop a aussi développé une activité de distribution automatique de béton ainsi qu’un pôle de valorisation des matériaux. L’achat récent d’un concasseur permet désormais de recycler directement les matériaux issus des chantiers et de limiter le recours à des prestataires extérieurs.

La responsabilité sociétale dans l’ADN de l’entreprise

Comme les autres Scop du BTP, LABBE TP a fait de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) un axe fort de son développement et de ses engagements. 

L’entreprise s’apprête d’ailleurs à obtenir sa labellisation RSE qui vient reconnaître ses pratiques.

Pour accompagner cette démarche, elle a fait le choix d’investir dans des compétences dédiées en recrutant un salarié spécifiquement chargé des questions de responsabilité sociétale. Un engagement fort dans un secteur où ces efforts restent encore insuffisamment valorisés dans les marchés publics. 

L’objectif est clair : poursuivre le développement de l’entreprise tout en renforçant sa contribution environnementale et sociétale.  

La Scop, un atout pour l’économie locale

Pour Mathieu Dubournet, arrivé chez LABBE TP en 2012 avant d’être élu PDG en 2024, le sens de la transmission dépasse largement la seule question du capital. 

La transformation en Scop a permis de sécuriser l’avenir, de préserver les emplois et de maintenir le centre de décision sur le territoire. 

À ses yeux, les entreprises coopératives sont encore insuffisamment connues, notamment des élus locaux. Pourtant, leur modèle représentante un avantage majeur pour l’économie locale car elles ne sont pas délocalisables. « Une Scop crée de la valeur là où elle est implantée » rappelle Mathieu Dubournet. 

Alors que quatre salariés doivent partir à la retraite cette année, le principal défi consiste désormais à assurer le renouvellement des équipes tout en poursuivant le développement engagé depuis plusieurs années. 

Une nouvelle étape dans l’histoire d’une entreprise qui démontre qu’il est possible de transmettre une société en bonne santé économique et financière à ceux qui la font vivre au quotidien ! 

 

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